Points clés
- Le plafond auto-entrepreneur pour les prestations de services est passé à 83 600 € en 2026 (contre 77 700 € en 2025)
- L'auto-entrepreneur paie ses charges sur son chiffre d'affaires brut, sans déduire aucun frais professionnel
- La SASU offre une meilleure protection sociale, mais coûte plus cher en charges fixes (environ 400 à 600 €/mois)
Un plafond relevé, mais toujours limitant
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, le plafond de chiffre d'affaires pour les prestations de services est passé de 77 700 € à 83 600 €, selon les seuils publiés par l'Urssaf. Celui des activités commerciales atteint désormais 203 100 €.
Cette revalorisation, prévue tous les trois ans, donne un peu d'air aux indépendants. Mais pour les consultants, formateurs ou développeurs freelance dont l'activité progresse, le seuil reste un frein réel : le dépasser deux années de suite entraîne une sortie automatique du régime micro-entrepreneur.
C'est souvent à ce moment que la question de la SASU se pose.
La charge invisible : l'absence de déduction des frais
Le vrai point faible du statut auto-entrepreneur n'est pas toujours le plafond — c'est l'impossibilité de déduire ses frais professionnels. Les cotisations se calculent sur le chiffre d'affaires brut encaissé, pas sur le bénéfice réel.
Prenons un exemple simplifié, pour un consultant en prestations de services (taux Urssaf 2026 : 21,2 %) :
- CA annuel : 60 000 €
- Frais professionnels réels (matériel, déplacements, formation) : 12 000 €
- Cotisations Urssaf : 12 720 € (21,2 % du CA brut)
- Revenu net réel : 35 280 €, alors même que 12 000 € ont été dépensés pour l'activité
En SASU, ces mêmes 12 000 € de frais réduisent directement le résultat imposable de la société avant le calcul de l'impôt sur les sociétés. C'est ce mécanisme, plus que le plafond lui-même, qui pousse les indépendants aux frais professionnels élevés à changer de statut.
Une protection sociale nettement différente
L'écart de couverture entre les deux statuts est réel et documenté :
| Protection | Auto-entrepreneur | Président de SASU |
|---|---|---|
| Retraite de base | Oui | Oui |
| Retraite complémentaire | Non | Oui |
| Prévoyance (invalidité, décès) | Non | Oui (obligatoire) |
| Chômage | Non | Non (sauf option spécifique) |
| Régime | Travailleur non salarié | Assimilé salarié |
Le président de SASU cotise au régime général, comme un salarié classique — à l'exception de l'assurance chômage. C'est un vrai avantage à long terme, mais qui a un coût : les charges sociales sur la rémunération représentent généralement entre 40 et 50 % du salaire brut versé, selon les organismes de gestion. Ce taux varie selon la rémunération et les options choisies : mieux vaut le faire calculer précisément par un comptable avant de trancher.
Ce que la SASU coûte réellement en plus
Contrairement à une idée reçue, la SASU n'est pas seulement plus protectrice : elle est aussi plus chère à faire tourner, indépendamment du salaire versé. Les charges fixes annuelles tournent généralement autour de :
- Comptabilité : 1 200 à 2 400 €/an
- Prévoyance obligatoire : 400 à 800 €/an
- Frais bancaires professionnels : 200 à 400 €/an
- Formalités de création : 450 à 800 € (une seule fois)
Soit environ 400 à 600 €/mois de charges fixes, à budgéter en plus des cotisations sociales sur salaire. Un point souvent sous-estimé au moment de la bascule.
À noter : la Cotisation Foncière des Entreprises (CFE), souvent citée parmi les charges de la SASU, est automatiquement exonérée l'année de création — elle ne s'applique qu'à partir de l'année suivante.
Quand la bascule a-t-elle du sens ?
Sur la base des seuils et taux 2026, la SASU devient généralement pertinente quand plusieurs conditions se cumulent :
- Un chiffre d'affaires qui approche ou dépasse 50 000 à 60 000 €/an
- Des frais professionnels réels supérieurs à 10-15 % du CA
- Le besoin de facturer et récupérer la TVA
- Une volonté de développer une structure (associés, levée de fonds, recrutement)
En dessous de ces seuils, la simplicité de l'auto-entreprise — et l'absence de charges fixes — reste souvent plus avantageuse en trésorerie immédiate.
À retenir
La décision ne devrait jamais reposer sur un chiffre viral du type "X milliers d'indépendants ont changé de statut cette année" — aucune donnée officielle de l'Urssaf ou de l'Insee ne permet aujourd'hui de le vérifier. Le bon réflexe reste de simuler sa propre situation, chiffres réels à l'appui, idéalement avec un expert-comptable.
Sources : Urssaf (plafonds et taux de cotisation 2026), service-public.fr, economie.gouv.fr.