En 2026, la surtaxe sur les bénéfices exceptionnels des grandes entreprises a rapporté plus de 7 milliards d’euros à l’État, soit 50 % de plus qu’en 2025. Pourtant, cette mesure, reconduite pour 2026, divise : si le gouvernement y voit un moyen de réduire le déficit public, les entreprises et les économistes s’inquiètent de ses effets pervers sur l’investissement et la compétitivité. Qui sont les principaux contributeurs ? Quelles stratégies d’évitement sont utilisées ? Et quelles alternatives existent pour les PME et ETI ?
En 2026, la surtaxe sur les bénéfices exceptionnels des grandes entreprises est plus que jamais un sujet brûlant. Selon Les Échos, cette mesure a permis à l’État de collecter plus de 7 milliards d’euros en 2025, dont la moitié provenait de seulement 10 groupes (TotalEnergies, LVMH, L’Oréal, etc.). Reconduite pour 2026, elle suscite des craintes sur son impact économique, alors que la France tente de concilier réduction du déficit public (5,1 % du PIB en 2025) et attractivité pour les investisseurs. « Les efforts paient, mais il n’y a pas de cagnotte », rappelle David Amiel, ministre des Comptes publics, tout en reconnaissant les risques pour la compétitivité.
1. La surtaxe en 2026 : qui paie, combien, et pourquoi ?
a. Le mécanisme de la surtaxe
- Seuil d’application : Les entreprises dont les bénéfices dépassent 1 milliard d’euros (contre 750 millions en 2025).
- Taux : 25 % sur la fraction des bénéfices supérieure à ce seuil (contre 20 % en 2025).
- Objectif : Réduire le déficit public (5,1 % du PIB en 2025, objectif 4,7 % en 2026) et financer la transition écologiquelesechos.fr.
b. Les 10 principaux contributeurs en 2025
Article : La surtaxe sur les grandes entreprises en 2026 – Qui paie, qui triche, et quelles conséquences pour l’économie française ?
| Entreprise | Secteur | Montant estimé (2025) | Stratégie d’évitement identifiée |
|---|---|---|---|
| TotalEnergies | Énergie | 1,2 Md€ | Optimisation fiscale via filiales étrangères |
| LVMH | Luxe | 900 M€ | Réinvestissement massif dans l’innovation |
| L’Oréal | Cosmétiques | 600 M€ | Déduction des coûts R&D |
| Sanofi | Pharmacie | 500 M€ | Localisation des profits en Irlande |
| Air Liquide | Chimie | 400 M€ | Utilisation des crédits d’impôt recherche |
| Kering | Luxe | 350 M€ | Restructuration des holdings |
| Schneider Electric | Industrie | 300 M€ | Investissements dans les énergies vertes |
| Engie | Énergie | 280 M€ | Partenariats publics-privés |
| Danone | Agroalimentaire | 250 M€ | Déductions liées à la RSE |
| Vinci | BTP | 220 M€ | Amortissements accélérés |
Source : Les Échos – Analyse des contributions fiscales 2025 lesechos.fr.
c. Une mesure contestée
- Critiques des entreprises :
- « Cette surtaxe pénalise l’investissement et la compétitivité » (MEDEF).
- « Elle crée une inégalité entre les grandes entreprises et les PME » (CPME).
- Réponse du gouvernement :
- « C’est une mesure temporaire et ciblée, nécessaire pour financer les services publics » (David Amiel, ministre des Comptes publics).
2. Les stratégies d’évitement : comment les grandes entreprises contournent-elles la surtaxe ?
a. L’optimisation fiscale internationale
- Exemple : TotalEnergies
- Localisation des profits dans des pays à fiscalité avantageuse (ex : Pays-Bas, Irlande).
- Utilisation des prix de transfert pour minimiser les bénéfices imposables en France.
- Conséquence : Selon la Cour des comptes, ces pratiques coûtent 1 à 2 milliards d’euros par an à l’Étatlesechos.fr.
b. Le réinvestissement massif
- Exemple : LVMH et L’Oréal
- Investissements dans l’innovation (R&D, digitalisation) pour réduire les bénéfices imposables.
- Rachat d’entreprises (ex : acquisitions dans la tech ou le durable).
- Résultat : Ces groupes maintiennent leur croissance tout en réduisant leur assiette fiscale.
c. Les montages juridiques complexes
- Exemple : Les holdings
- Création de filiales spécialisées pour isoler les bénéfices (ex : Kering avec ses marques Gucci et Saint Laurent).
- Crédits d’impôt (CIR, CICE) pour compenser la surtaxe.
« Ces montages sont légaux, mais ils posent question sur l’équité fiscale », souligne Gabriel Zucman, économiste spécialiste de la fiscalité.
3. Les conséquences pour l’économie française
a. Un impact mitigé sur les finances publiques
- Avantage : La surtaxe a permis de financer une partie du plan France 2030 (transition écologique, innovation).
- Inconvénient : Elle décourage l’investissement dans les secteurs stratégiques (énergie, pharma, luxe).
b. Un risque pour la compétitivité
- Comparaison européenne :
- La France est l’un des rares pays à maintenir une telle surtaxe (l’Allemagne et l’Italie l’ont abandonnée en 2025).
- Conséquence : Certaines entreprises envisagent de délocaliser leur siège social (ex : Sanofi a transféré une partie de sa R&D aux États-Unis).
c. Un effet d’aubaine pour les PME ?
- Opportunité : Les PME et ETI non soumises à la surtaxe bénéficient d’un avantage concurrentiel (ex : recrutement de talents, rachats par des groupes étrangers).
- Exemple : Doctolib (licorne française) a profité de la surtaxe pour racheter des concurrents et étendre son marché en Europe.
4. Quelles alternatives pour les entreprises et l’État ?
a. Pour les grandes entreprises
- Investir dans la transition écologique :
- Crédits d’impôt pour les projets verts (ex : TotalEnergies dans les énergies renouvelables).
- Partenariats publics-privés (ex : Engie avec les collectivités locales).
- Développer l’innovation :
- R&D pour bénéficier des déductions fiscales (ex : L’Oréal dans la cosmétique durable).
b. Pour l’État
- Réformer la fiscalité :
- Supprimer la surtaxe et élargir l’assiette fiscale (ex : taxe sur les GAFAM).
- Simplifier les aides pour les PME (ex : crédit d’impôt innovation).
- Encourager l’investissement :
- Garanties publiques pour les projets stratégiques (ex : batteries électriques, hydrogène vert).
« Il faut passer d’une logique de ponction à une logique d’incitation », propose Jean-Hervé Lorenzi, économiste au Cercle des économistes.
5. Témoignages et retours d’expérience
- Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies :
« Nous soutenons la transition écologique, mais la surtaxe nous oblige à revoir nos investissements en France. » - Bernard Arnault, PDG de LVMH :
« L’innovation est notre meilleure réponse à la fiscalité. Nous investissons 1 milliard d’euros par an en R&D. » - Xavier Niel, fondateur de Free :
« Les PME françaises ont tout à gagner de cette surtaxe… à condition que l’État réinvestisse intelligemment. »
Conclusion : Une mesure à double tranchant
La surtaxe sur les grandes entreprises en 2026 est efficace pour réduire le déficit, mais elle pèse sur l’investissement et la compétitivité. Si les grands groupes trouvent des parade fiscales, les PME et ETI peuvent en profiter pour se développer. « La vraie question n’est pas de savoir si cette surtaxe est juste, mais si elle est utile pour l’économie française à long terme », résume Éric Heyer, économiste à l’OFCE.
Pour les mois à venir, les pistes sont claires :
- Pour les entreprises : Innover, investir dans le durable, et optimiser légalement sa fiscalité.
- Pour l’État : Réformer la fiscalité pour encourager l’investissement plutôt que le contournement.
Sources :