60 000 à 150 000 € d'investissement de départ selon les sources, une attestation obligatoire pour s'occuper des chats, et un pionnier parisien placé en liquidation judiciaire trois ans après son ouverture : le bar à chat fait rêver, mais les chiffres racontent une histoire plus contrastée.
Un budget de départ qui varie du simple au triple selon les sources
Difficile de trouver un chiffre unique : certains guides spécialisés évaluent l'investissement nécessaire pour ouvrir un bar à chat entre 60 000 et 150 000 €, incluant le local, l'aménagement (sas d'entrée, mobilier lessivable, espaces de jeu, de repas et de repos pour les félins), le stock de boissons et de pâtisseries, les assurances et le marketing de lancement. D'autres avancent une fourchette beaucoup plus basse, de 10 000 à 50 000 €, pour une structure plus modeste. Cet écart important traduit surtout l'absence de modèle standardisé sur ce créneau encore marginal de la restauration.
Une réglementation plus technique qu'il n'y paraît
Contrairement à une idée reçue, un chat reste un animal domestique, mais cela n'exempte pas d'obligations : l'ACACED (attestation de connaissances pour les animaux de compagnie d'espèces domestiques), obligatoire depuis 2016 et valable dix ans, est exigée pour exercer une activité professionnelle impliquant la garde de chats. L'ouverture doit par ailleurs être déclarée à la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) via le formulaire Cerfa n°15045*02, dans le respect de l'arrêté du 3 avril 2014 et de l'arrêté du 4 février 2016. Sur le plan des locaux, les règles sont précises : un sas d'entrée pour éviter les fugues, une pièce dédiée aux chats sans accès direct à la porte, une cuisine fermée inaccessible aux animaux, des matériaux lessivables au sol et au mur, une température maintenue entre 10 et 20°C, et des zones distinctes pour le jeu, l'alimentation, la toilette et le repos.
La faillite qui a marqué le secteur
Paris inaugure son premier café félin en 2013 dans le quartier du Marais, sous l'enseigne Café des Chats. L'établissement avait réuni 35 754 € sur les 40 000 € visés via une campagne de financement participatif, et employait trois salariés à temps plein. Il ferme pourtant ses portes en octobre 2016, placé en liquidation judiciaire. Entre-temps, le concept s'était pourtant diffusé dans d'autres villes françaises : Lyon en septembre 2014, Besançon en avril 2015, puis Bordeaux, Clermont-Ferrand, Troyes et Aix-les-Bains entre fin 2016 et 2017.
Les établissements qui tiennent encore la distance
D'autres cafés félins ont pris le relais et fonctionnent toujours à Paris aujourd'hui. Le Chat Mallows Café, par exemple, facture 9 € l'entrée, formule qui donne droit à un accès illimité aux boissons en semaine et à une heure sur place le week-end, thé glacé compris. Les chats qui peuplent ces établissements proviennent généralement d'associations ou de la SPA, ce qui permet à ces lieux de se présenter aussi comme des espaces d'adoption et non comme de simples attractions commerciales.
Alors, business or not ? Le modèle tient, mais à des conditions précises : un local bien situé pour assurer un flux de clients régulier, une mise de départ réaliste plutôt que sous-évaluée, une conformité stricte aux obligations sanitaires et à l'ACACED, et des sources de revenus qui ne reposent pas uniquement sur le prix d'entrée. La fermeture du pionnier parisien en 2016, malgré une campagne de financement réussie, rappelle qu'un concept qui séduit le public ne suffit pas à garantir sa rentabilité.